Joel Salatin, le fermier qui voudrait planter le système

Joel Salatin, le fermier qui voudrait planter le système

Joel Salatin sera bientôt au Québec où il animera un atelier avec Mycélium, pour ceux qui souhaitent lancer une petite exploitation agricole prospère, rentable et éthique. Vous voulez en savoir davantage sur ce fermier indocile qui se dit «chrétien-libertaire-écologiste-capitaliste-fou-fermier»? Mycélium lui a posé 4 questions dont les réponses devraient vous convaincre qu’il vaut la peine d’être entendu.

Vous souhaitez que les citoyens cessent de se comporter en consommateurs aveugles et deviennent leur propre fermier. Quel est votre rêve?
Mon rêve est que nous développions des systèmes agricoles qui soient économiquement, écologiquement et émotivement enrichissants. Cela signifie que l’agriculture devrait accroître les biens communs (air pur, sols fertiles, eau abondante et potable) plutôt que d’épuiser ces ressources vitales. Les aliments que nous portons à notre bouche devraient être plus riches en nutriments, non appauvris comme c’est le cas actuellement. Notre santé devrait mieux se porter, nous devrions ingérer moins de médicaments, pas en consommer davantage. La sécurité alimentaire devrait être accrue, alors qu’elle ne fait que diminuer. L’agriculture dont je rêve devrait, ultimement, pouvoir guérir la Terre.

De plus en plus de gens aux États-Unis pensent que vous êtes «l’agriculteur le plus influent au pays». Que dites-vous de ça?
Si c’était le cas j’aurais davantage d’influence. L’agriculture conventionnelle me voit comme une Marie Typhoïde, un bioterroriste, un bourreau d’animaux. Si mon paradigme était largement adopté, il renverserait complètement le pouvoir et l’autorité des systèmes alimentaire et agricole actuels. Cela fait beaucoup d’inertie à déjouer et il y a énormément d’emplois en jeu. Upton Sinclair a dit quelque chose comme : «C’est terriblement difficile d’amener un homme à croire en quelque chose quand le salaire de cet homme dépend de ce qu’il croit en quelque chose d’autre.»

cc-by-sa Brian Johnson & Dane Kantner

cc-by-sa Brian Johnson & Dane Kantner

Que pourraient – ou devraient – faire les politiciens? Font-ils partie de la solution?
Les politiciens n’ont rien d’autre à faire que de s’enlever du chemin. Plutôt que de servir d’écran de protection entre les agriculteurs qui innovent et les intérêts privés des industriels, les politiciens sont devenus les laquais des grands joueurs. Cette attitude nie le droit de la société à bénéficier des services de producteurs innovants, aptes à offrir une meilleure nourriture à de meilleurs prix et avec de bien meilleurs résultats sur le plan écologique. Quand le gouvernement se place entre ma bouche et mon gosier, j’appelle ça une atteinte à la vie privée. Choisir le carburant que je donne à mon corps est l’un des droits humains les plus élémentaires; pourtant nos politiciens ont décidé que cette liberté n’était pas tolérable.

Prendre ainsi la société en otage, c’est injuste et indécent. Par quel pouvoir peut-on refuser à des adultes consentants et volontaires le droit à des produits obtenus directement du producteur, à une agriculture de proximité? Les seules personnes qui applaudissent à une telle atteinte sont celles qui croient que les citoyens sont trop stupides pour prendre les décisions les plus élémentaires. Ce sont les personnes qui craignent que la liberté de choix mette en péril leur monopole commercial. Je ne vois pas d’autres raisons pour défendre ces politiques alimentaires anti-démocratiques.

cc-by-sa Brian Johnson & Dane Kantner

cc-by-sa Brian Johnson & Dane Kantner

Quel changement aimeriez-vous voir avant de mourir?
Une Proclamation d’Émancipation Alimentaire qui libèrerait les producteurs agricoles du carcan des bureaucrates gouvernementaux, qui nient aux producteurs et aux consommateurs la liberté de jouer un rôle dans le commerce. Si je souhaite visiter votre ferme, voir, sentir, acheter vos produits, de quel droit pourrait-on nous dire que nous ne pouvons pas exercer notre liberté de faire des choix alimentaires pour nous-mêmes? Permettre le commerce direct entre producteurs et consommateurs, sans menace de violence de la part du gouvernement, déclencherait dans nos communautés une avalanche de nouvelles entreprises agricoles responsables et innovantes. Des milliers et des milliers d’agriculteurs stigmatisés, pris à la gorge actuellement tentent désespérément de gagner leur vie en produisant une nourriture de loin supérieure aux offres de l’industrie. Nier à la société l’accès à de meilleures alternatives, c’est faire du terrorisme intérieur.

Si vous n’avez jamais reçu la visite d’agents du gouvernement, armés, venus confisquer votre lait, vos œufs ou votre volaille, cela peut sembler extrême. Mais pour ceux d’entre nous qui se sont déjà retrouvés à cette extrémité du fusil, je vous assure que ces gens sont sérieux, violents et pas du tout enclins à la liberté de choix. Que si peu de consommateurs réalisent à quel point notre système alimentaire est vicié démontre que nous avons bel et bien abdiqué face à ce besoin naturel d’assurer notre approvisionnement en nourriture et de s’entraider pour le faire. Je rêve du jour où je pourrai traire ma vache et vendre un verre de lait à mon voisin sans avoir peur de me retrouver face aux canons du gouvernement. Je rêve du jour où je pourrai badigeonner un poulet, le cuire, y ajouter quelques légumes de mon potager et vendre le tout sans être traité comme un criminel.


 

Pour en savoir plus sur Joel Salatin:

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