3 questions à Jonathan Pineault, d’Écomestible

3 questions à Jonathan Pineault, d’Écomestible

La permaculture, qu’est-ce que ça mange en hiver? Jonathan Pineault, propriétaire et cofondateur d’Écomestible, partage sa vision. Basée en Estrie, l’entreprise Écomestible conçoit des aménagements paysagers biologiques et nourriciers basés sur les principes de la permaculture. Jonathan et son équipe imaginent et implantent des designs productifs en fruits, noix, légumes et plantes médicinales, en milieux rural et urbain.

La permaculture, dans sa pratique, exige un certain bagage de connaissances. Cette approche est-elle accessible à monsieur et madame tout le monde?
Je crois que la permaculture est praticable par quiconque souhaite répondre à ses propres besoins, ou ceux de sa famille. La permaculture se fonde sur 12 principes de design faciles à assimiler : penser efficacité énergétique, diversifier les cultures, considérer chaque élément à travers toutes ses fonctions, c’est du gros bon sens! L’exemple de la poule est très parlant. L’agriculture conventionnelle valorise la poule pour ses extrants – elle pond des œufs et donne de la viande. La permaculture, quant à elle, considère l’ensemble des activités de la poule, qui fournit aussi du fumier, mange les surplus végétaux et peut briser certains cycles d’insectes ravageurs. La permaculture c’est d’abord un changement de paradigme, une reconnexion avec la nature accessible à tous les individus.

Certains véhiculent que la permaculture est surtout un «buzzword» pour définir un contenu qui existe depuis toujours. Qu’en dites-vous?
Je comprends qu’on puisse le voir ainsi, en ce sens que la permaculture mise sur l’observation et les interrelations positives entre les éléments naturels. Plutôt que d’affronter les éléments, on travaille avec la nature : ce qui apparaît être une contrainte (ex : accumulation d’eau) est transformé en avantage (aménagement d’une mare qui capte les surplus hydriques et attire les insectes). À la base, la «culture de la permanence» est une approche de design, un concept occidental développé par Bill Mollison et David Holmgrem, deux universitaires australiens. De leur éthique découle des principes qui s’inspirent de savoirs anciens, effectivement. Les personnes, les idées ou les mots qui gravitent autour de ces principes peuvent certainement changer mais les principes de Mollison & Holmgrem resteront toujours une contribution importante.

Le concept gagne en popularité au Québec. Pourquoi selon vous?
La Convergence de la permaculture y est certainement pour quelque chose. Les deux éditions de l’évènement, organisées par Mycélium en 2013 et 2014, ont provoqué un intérêt pour la chose : la hausse des demandes auprès de notre entreprise en témoigne! L’intensification de l’agriculture et les changements climatiques ont des conséquences observables et indéniables. De plus en plus d’individus ressentent l’urgence d’agir et cherchent des solutions concrètes, à leur portée. Est-ce que notre modèle capitaliste est compatible avec la régénération de la planète et la distribution égalitaire des produits de la terre? Non. Personnellement je crois que les choses évolueront le jour où la sphère politique se positionnera en faveur de cette approche. Pour l’instant, la permaculture offre des réponses tangibles et praticables en essayant de composer avec les contraintes de notre système économique : difficulté d’accès à la terre, sols dégradés, paysage rural dévitalisé.

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